Mon atelier de peintre

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CARNET DE VOYAGES DE MON ARRIERE ARRIERE GRAND PERE Chapitre 5

 

Meerut, 3 novembre 1868

 

Nos avons pris le chemin de fer pour Dehli.

Nous avons visité le soir la grande mosquée, où l'on voit les livres sacrés du Coran et une sandale de Mahomet.

 

 

 

Nous avons parcouru aussi le jardin public qui est fort beau.

Il y a une ménagerie et un éléphant en pierre, que l'on a trouvé par morceaux dans la terre et que l'on a reconstruit.

Nous jouons ce soir à Dehli Institute, nous logeons à Prince of Wales Hôtel.

 

Dehli, 9 novembre 1868

 

Hier nous sommes allés à Cootup visiter les ruines de l'ancien premier Dehli. Rien de plus curieux à voir. En quittant la ville on voyage au milieu des débris du deuxième Dehli, car la ville a changé trois fois de place. A moitié route, nous avons visité le tombeau d'un roi ou prince musulman, c'est toujours dans le style du Taj : des incrustations de tourmalines, saphirs, lapiz lasulis...Ce monument est fort beau,le jardin aujourd'hui dévasté, devait être splendide.

Nous sommes descendus au bungalow du gouvernement. Nous avons vu les ruines des mosquées, temples, tombeaux et les colonnades qui datent de plus de 2000 ans avant le culte de Brahmâ.

Malheureusement les musulmans ont brisé toutes les figures qui ornaient les colonnes.

Au centre s'élève une colonne de fer massif d'une vingtaine de pieds de hauteur, grosse comme un canon et qui s'enfonce dans la terre, à une profondeur que l'on ne connait même pas encore aujourd'hui.

Cette colonne a été érigée par un roi de Dehli, en 317, qui craignant de perdre son royaume a consulté un magicien, qui lui a dit d'élever cette colonne sur laquelle on voit encore les vestiges des anciennes gravures probablement cabalistiques et par ce moyen conjurer le mauvais sort.

Le roi a élevé la colonne et perdu son royaume.

Nous avons traversé toute cette cité morte, côtoyant à chaque pas ces anciennes splendeurs éteintes à jamais, et nous reportant par la pensée, 2000 ans en arrière, quand ces palais resplendissaient de bruits et d'éclat.

Quand une population étrange fourmillait dans ces rues aujourd'hui mornes et désolées.

Nous sommes arrivés à une grande citerne où nous attendait un effrayant spectacle.

Cette citerne a à peu près 40 pieds de tour et l'eau est à 80 pieds de profondeur.
Un large escalier descend jusqu'au milieu de l'eau où les deux dernières marches baignent au moyen d'une poterne.

Dix ou douze indiens qui nous suivaient se sont dévêtus et tous l'un après l'autre ont sauté dans cette citerne...80 pieds!

En sautant, ils écartent d'abord les bras et les jambes et les ramènent au corps au moment de toucher l'eau dans laquelle ils entrent comme une flêche.

Deux enfants, un de douze ans, l'autre de quinze faisaient partie de ces plongeurs!

C'est un spectacle effrayant, j'en avais le vertige et me cramponnais à la mauvaise balustrade de bois, qui entoure le puits, m'imaginant chaque fois qu'un de ces malheureux s'élançait que je tombais avec lui!

Le moindre mouvement de côté et ils se tueraient. Il faut qu'ils évitent d'aller frapper contre les parois de la citerne.

Il y a quelques années, un anglais a voulu tenter ce saut périlleux et malgrè les remontrances des indiens qui s'opposaient de tout leur pouvoir à sa folle tentative, lui expliquant que ne sachant pas la manière de s'élancer, il se tuerait infailliblement, il s'est déshabillé et a sauté. Il a tourné dans sa chute, est arrivé en biais, et l'eau lui a coupé la tête, comme un sabre!

Après cet effrayant spectacle, nous sommes montés sur le Kitbimar, tour énorme à cinq étages, qui fait penser à la tour de Babel.

Cette tour a été élevée en 1200 par un prince mahométan, sans doute en commémoration de quelque victoire.

L'architecture est fort irrégulière. Il y a 394 marches pour arriver au sommet d'où l'on a une vue splendide.

 

Calcutta, 17 novembre 1868 

 

Nous devions donner quatre représentations, mais Mr et Mrs Parker, dont l'engagement finit le 26, ont refusé de jouer car il partent pour l'Angleterre par le steamer français "Labourdonnais".

Monsieur Dave Carson va engager d'autres artistes et nous partirons dans une quinzaine pour Burmah au Madras.

Nous sommes allés à la Comédie Anglaise, on jouait un drame en cinq actes.

Les artistes sont bien, cette troupe est plus que convenable pour Calcutta.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 23 nous sommes allés au théâtre italien, on jouait Lucrezzia Borgia. 

La prima donna est faible, elle peine beaucoup, crie énormément, ne vocalise pas et fait mal les cadences.

Le contralto Mazucco a fort mal chanté le Brindisi. La basse est un jeune homme qui a beaucoup de voix, mais d'une médiocre qualité, la justesse lui manque souvent.

Le signor Villa (Gennaro) seul, était fort convenable.

Les choeurs sont faibles, quant à l'orchestre, c'est un simple quatuor avec contrebasse, piano et orgue.

 

Fin du chapitre 5...A suivre



07/09/2012
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