Mon atelier de peintre

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UNE FEMME, UN SIECLE : début XVIIIe siècle par JEANNE

Dans cette rubrique : "Une femme, un siècle" j'ai imaginé l'héroïne et ses propos mais toutes les personnes, sujets et anecdotes qui apparaissent dans ce récit, sont réels.

 

Le XVIIIe siècle de JEANNE

 

 

 

"Bonjour à vous, je suis la femme de l'aubergiste et je m'appelle Jeanne. J'ai bien malgré moi entendu votre conversation.

Si vous le souhaitez je peux vous raconter cette période puisque je l'ai vécue.

Quel horrible souvenir et je prie notre Seigneur et la Sainte Vierge tous les jours afin de ne plus revivre un tel cauchemar...

Vous êtes si jeunes que vous n'avez pas idée de ce que nous avons subi...

 

 

Personne n'avait vu la catastrophe venir. Depuis des jours il pleuvait des cordes sur la France en cette fin d'année 1708 mais curieusement le fond de l'air restait doux aux environs de 10 degrés.

 

 

Dans la soirée du dimanche 6 janvier 1709, mon voisin Pierre est parti tirer les Rois en cette fête de l'Epiphanie chez son oncle de l'autre côté de la Seine sous une pluie battante.

Quand il a repassé le pont dans la nuit pour rentrer chez lui, la Seine avait gelé et il faisait -17 degrés.

 

Il est venu me réveiller pour me montrer cela car il n'y croyait pas !

Le lendemain, le soleil se leva sur un continent glacé, de l'Italie à la Scandinavie et de l'Angleterre à la Russie.

 

 

Il fit -25 degrés à Paris, -17 degrés à Montpellier et -30 degrés à Bordeaux...

 

 

Nous eûmes - 20 degrés tous les jours pendant près de trois mois.

Le gel continuait de plus en plus vif, faisant de la Seine un bloc de glace de plus d'un pied d'épaisseur.

 

A Venise, le lagon ressemblait à une immense patinoire :

 

 

"Le lagon gelé en 1709" par Gabriele Bela

 

 

Venice_frozen_lagoon_1708

 

 

 

Les paysans n'arrivaient plus à sortir de chez eux tant la neige était tombée et le gel s'intensifiait jour après jour...

 

Sans titre

 

 

 

Les animaux mourraient dans les étables, les poissons dans les étangs et les oiseaux étaient "gelés" en plein vol...

 

Dans les forêts, les noyers, les chênes et les châtaigniers pourrissaient ou éclataient par le froid ambiant comme des coups de mousquets.

Dans le sud de la France, les arbres fruitiers et les vignes eurent le même sort.

Les récoltes de céréales prévues semblaient fichues d'avance.

Les routes étant impraticables, Paris avait cessé d'être approvisionné en nourriture jusqu'en avril.

 

A Paris, les femmes s'organisèrent pour aider les plus pauvres et les plus affamés :

 

 

1709-secoursaupotage

 

 

Dans les campagnes aussi :

 

 

 

hiver-1709-2

 

 

 

Dans les maisons, les cheminées ne suffisaient plus à donner de la chaleur. Après avoir brûlé leurs meubles, les paysans ne trouvaient plus de bois sec ou trop cher pour leurs moyens.

 

A Versailles, notre roi Louis XIV, âgé de plus de soixante-dix ans et sa cour ont subi le même froid :

-10 degrés dans les appartements du château.

 

Le vin gelait dans les carafes ainsi que l'encre pour écrire mais aussi le pain.

 

 

Elisabeth-Charlotte de Bavière belle-soeur du roi adressa ces quelques lignes à la duchesse Sophie de Hanovre :

 

"Il fait un froid si affreux qu'on ne peut l'exprimer. Je suis assise devant un feu flamboyant, il y a un paravent devant ma porte qui est fermée afin que je puisse m'asseoir ici avec une fourrure autour du cou et les pieds dans une peau d'ours. Mais je frissonne quand même et peine à tenir la plume.

Je n'ai jamais connu un tel hiver, le vin gèle dans les bouteilles".

 

Un incendie se déclara à Paris. Quand on voulut sonner le tocsin, les cloches cassèrent par le froid.

 

Ce qui devait arriver, arriva : La famine !

 

Pas de récoltes en vue et le prix du froment fut multiplié par cinq.

 

Les plus démunis consommaient de l'herbe, des racines ou des plantes.

Certains se cassaient les dents sur l'écorce des arbres ou mâchaient la paille des chaumières.

On fit du pain avec des glands, des racines de fougères et de la sciure de bois.

 

On fit de la bouillie avec les rhizomes du chiendent;

 

Froid, famine, dénutrition, scorbut et fièvres emportèrent des centaines de milliers de personnes en majeure partie, de jeunes enfants rien qu'en France, le pays le plus touché.

 

 

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Les morts n'étaient plus enterrés, la terre était trop dure, les loups et chiens de grande maigreur s'en occupaient.

Ceux qui survécurent au froid et à la famine firent face aux pires inondations du siècle car avec le réchauffement brutal du printemps, la Seine entra en crue.

 

Il fallut dans certaines régions, dix ans pour remplacer les vignes, les arbres fruitiers et reconstituer les forêts.

 

 

On nous a dit que la cause de ce phénomène inédit aurait été provoqué par des éruptions volcaniques simultanées survenues entre 1707 et 1708 aux Iles Canaries, à Santorin et Naples.

 

D'énormes volumes de poussière de cendre auraient envahi l'atmosphère et entravé le passage des rayons du soleil provoquant ainsi une chute importante des températures.

 

Mais peut-être était-ce une punition divine...

 

 

"Voilà l'histoire...Vous comprendrez mieux désormais ma peur de voir revenir un épisode de cet ordre..."

 

Entre ce froid extrême ou une canicule intense, je ne saurais dire quel est le pire...

 

 

"Buvez et riez jeunes hommes, le vin n'est plus gelé..."

 

 

 

J'espère que l'évocation de cette année 1709 ne vous aura pas trop fait frémir...et frissonner...



14/09/2023
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